Le citron et la citrouille – Une histoire de noyaux

 P1000627

Un matin frisquet d’automne, une citrouille est flanquée à la porte.

Sa double vie était commencée! Il faut bien une tête d’affiche pour faire un pied de nez à l’été terminé!

Éventrée, vidée de sa semence, décoiffée, de gros ventre elle devient tête vide.  Découpée, sculptée, décorée, la voilà transformée en lanterne, sans doute en mémoire des marmites et des carrosses.  C’est dans sa chair aspergée d’un jus acide qu’elle fait connaissance avec le citron.

Tenez le coup ma belle! Il ne faut pas pourrir. Qui êtes-vous, rétorqua la citrouille?

Je suis le citron. Où sont vos potages, vos tartes et vos biscuits?

Sur le poêle, je mijote. Vous semblez me connaître à merveille.

Je vous vois bien pressé!

Pressé! Me dites-vous? Ça n’arrête pas. Moi, c’est à l’année.

Excusez-moi, j’ai un appel. Vous désirez? Oui, bien sur comme toujours.

Combien? Trois purifiants, deux hydratants, un émollient. Convenu.

Que disiez-vous?

Grattant la peau coriace de son pédoncule, la citrouille en profite pour se plaindre.

Je crois que j’ai écopé du damné sortilège de la reine du pays d’Alice.  Ils me déchiquètent dans tous les sens, sans scrupule. Ils m’étourdissent avec ces têtes de carême. Une soirée en vedette puis ils m’abandonnent sur les balcons, gelée, entourée de feuilles mortes.

Allons! Ce n’est qu’un cafard. C’est le prix pour être la Reine d’octobre! Regardez plutôt  tous ces regards qui sourient en votre compagnie! 

Voyez  ma vie de fortune pour vous consoler. Je soulage les rhumes. Je nettoie les doigts jaunis. Je blanchis les dents. Je ne reçois que des grimaces!  Dans les produits nettoyeurs, les shampoings, les cosmétiques, on tire mon jus, sans parler de mon zeste, jusqu’à la dernière goutte pour terminer comme une coquille ratatinée. Je pourrais me sentir exploité. Je choisis de me rendre utile. Je suis le pauvre des étalages. J’ai au moins la notoriété d’être un Prix Citron!

Je suis jaune de rire. Le soleil sur moi se complaît en bienfaits. C’est ce qui m’importe. Dites-moi, serions-nous de la même parenté?

Vous m’en donnez envie, s’exclame la citrouille. À vous voir aller, je ne peux me figurer un citron qui a la trouille. 

Si peu de pépins et autant de possibilités, voilà un petit qui donne gros, songe la citrouille.

J’ai de la graine, réalise la citrouille.  Ne pas être à la hauteur serait une farce !

Pas de déconfiture, madame. Sortez de votre carrosse, sautez dans la marmite, cuisinez votre substance.

Qu’importe. Offrez ce que vous voulez recevoir.  Votre don sera votre gloire!

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.