Surjeteuse

Des mots épinglés, des mots tels que travail lâcher prise transformation qui me donne du fil à retordre.

D’autres, en tête d’épingle, présence réceptivité attention arrivent à se déposer sur la table à assembler. Ces mots me donnent du matériel. Des mots emmaillotés au fuseau du mon quotidien s’embobinent au bonheur d’écrire, pour habiller les petits riens.

Ils sont ma récolte du dé à coudre. Un peu chaque jour est ma devise.

Je collectionne des morceaux de toutes sortes au hasard de mes allées venues pour la courtepointe de mes p’tits bonheurs, ils se faufilent pleins d’anecdotes et d’histoires de pantoufles à dormir debout pour mes tout petits. Ça donne des fragments décousus, pas toujours faciles à coudre!Tout est bon pour la couturière.

Je me fais des listes de modèles pour de nouveaux projets, des listes de titres que j’invente, juste parce que c’est beau à entendre – la maison escargot- histoires de jeux de cartes- un matelas et un sofa. Ça donne de l’étoffe à mon imagination.

Il y a aussi partout étalés sur ma table des titres, comme des cadavres exquis à qui on redonne vie. Ils ressemblent à un patron. Un patron de papier journal. Ça me plaît bien, de temps en temps, de faire du neuf avec du vieux.

Comme je n’achète pas dans les grandes surfaces, je choisis mes tissus un à un, dans les bazars près de chez nous.

Vous pouvez être assuré de leur harmonie! Voyez dans mon coffre.

Celui-ci, un moulin à vent au-dessus des plants de patates.

Le vent s’étourdit de couleurs vives et s’enivre au parfum des azalées.  

On dirait un poème minuscule qui habite derrière chez moi.

Je pourrais en faire un récit ou une nouvelle ou même un roman pour chaque pièce tellement elles sont uniques et spéciales.

Malgré les surplus, je m’épargne ces trop grands projets.

Pourquoi faire long quand on peut faire court?

Les haïkus et les haïbuns sont si colorés. Il se pique au zigzag et donne de l’éclat.

Pour bien réussir, il s’agit d’aller dans le droit fil et garder le fil de trame.

Ma courtepointe vous paraît-elle dépareillée! Pas autant que les miettes philosophiques entassées dans mon carnet.

Dans l’éventail de tous ces éléments épars se glissent des anamnèses.

Des quoi…? Ces poussières de passé, qui viennent se déposer de but en blanc sur la table. N’empêche qu’elles me tirent de nouvelles idées.

Voyez sur les côtés, j’ai surfilé des traits comme rubans aux couleurs du temps. Ça fait joli et propre.

Penchée sur mon travail, j’aligne de nouvelles phrases. Y’a les perles qui se révèlent à l’occasion. Mais le plus souvent, les phrases sont effilochées et me demandent plus de temps pour l’ourlet. Ça finit par faire des textes resserrés comme un corset bien ficelé.  

Je mets la pédale douce. Mes mains voyagent sur de longues étendues, des idées plein la tête. Elles font l’emphase de ma journée et la rêverie de mes nuits.

Je suis au service d’une grande dame capricieuse, qui aime être habillée de tous les styles, je ne vous dis pas!

Surjet : Couture consistant à passer le fil dans plusieurs cahiers ou feuillets à la fois en les maintenant avec une chaînette.
Surjeteuse : Ouvrière chargée d’effectuer les surjets

 

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